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VIRUS EBOLA: La bataille encore loin d’être gagnée, prévient Médecins sans frontières

Jean-Thomas Léveillé

La Presse

Le médecin américain qui avait contracté le virus Ebola en Guinée est sorti hier de l’hôpital new-yorkais où il était soigné. Médecins sans frontières, pour qui il travaillait bénévolement, s’est réjoui de sa guérison, mais a appelé à ne surtout pas crier victoire, rappelant que la bataille contre le virus est encore loin d’être gagnée.

« Il y a encore de nouveaux foyers d’infection, de nouvelles chaînes de transmission », rappelle la présidente internationale de Médecins sans frontières (MSF), la Québécoise Joanne Liu, que La Presse a jointe hier à Genève.

Elle rappelle que les autorités pensaient que le pire était passé quand le nombre de cas avait stagné en Guinée, au printemps, avant que deux nouvelles infections soient signalées et que l’épidémie reprenne de plus belle, frappant notamment du personnel soignant.

« Vu qu’il y a 21 jours d’incubation, on peut facilement être deux ou trois semaines sans voir de nouveau cas et se penser au-dessus de nos affaires », prévient la Dre Liu, qui insiste sur l’importance de ne pas ralentir le déploiement des effectifs sur le terrain. « On est peut-être au début de prendre le dessus sur quelque chose, peut-être. »

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9

Il y a eu neuf cas d’Ebola aux États-Unis. Huit personnes ont survécu et une a succombé : le Libérien hospitalisé à Dallas en octobre, Thomas Eric Duncan.

357

Nombre de personnes toujours sous surveillance à New York parce qu’elles ont été en contact avec Craig Spencer, le médecin aujourd’hui guéri.

4960

Nombre de personnes tuées par le virus Ebola depuis le début de l’épidémie actuelle, en date du 4 novembre.

13 300

Nombre de cas probables d’Ebola depuis le début de l’épidémie actuelle, en date du 4 novembre.

Source : Organisation mondiale de la santé et Agence France-Presse

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Le Mali a d’ailleurs annoncé hier un nouveau cas suspect, plus de deux semaines après qu’une fillette a succombé au virus Ebola, dans l’ouest du pays. Les autorités n’ont toutefois pas précisé dans l’immédiat si la personne susceptible d’être atteinte faisait partie de la centaine de gens placés sous surveillance après la mort de l’enfant.

Joanne Liu, qui se rendra de nouveau en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia la semaine prochaine pour constater l’évolution de la situation et rencontrer les autorités, n’est pas totalement pessimiste. « On voit qu’il y a des avancées, dit-elle, évoquant la diminution du nombre de nouveaux cas signalés au Liberia. Mais encore là, ça ne veut pas dire que parce qu’il y a une diminution du nombre de cas qui arrivent dans nos centres de traitement, il y a moins de cas dans la communauté. »

NEW YORK « LIBRE D’EBOLA »

La guérison du médecin Craig Spencer a été annoncée en grande pompe, hier, à New York. Le maire Bill de Blasio l’a même embrassé, déclarant que New York était désormais « libre d’Ebola ». Le jeune homme de 33 ans avait été hospitalisé quelques jours après être rentré de Guinée, où il avait séjourné durant cinq semaines pour le compte de MSF.

Sa guérison, comme celle des sept autres personnes hospitalisées aux États-Unis et qui ont vaincu le virus Ebola, ne doit cependant pas être vue comme un progrès, prévient Joanne Liu. « Si les États-Unis n’étaient pas capables de sauver un patient d’Ebola, je me poserais des questions. »

« Qu’un médecin guérisse à New York, ce n’est pas du tout un signe que ça va mieux en Afrique de l’Ouest ! »

— Joanne Liu

La présidente internationale de MSF y voit plutôt la preuve que les pays africains pourraient combattre le virus plus efficacement si on continue de les appuyer. « Ça démontre que si on ne met pas plus de moyens en Afrique de l’Ouest aujourd’hui pour atteindre des niveaux de soins optimisés […], on n’arrivera pas à des résultats comme ça. »

Si la mobilisation internationale aide énormément, Joanne Liu souligne aussi qu'« aujourd’hui, sur la ligne de front, ce sont des Libériens qui traitent des Libériens, des Sierra Léonais qui traitent des Sierra Léonais, des Guinéens qui traitent des Guinéens. […] Ils sont là depuis le début de l’épidémie. Les vrais héros, c’est quand même eux ».

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